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ALIMENTATION EN EAU DE MARSEILLE  AVANT LE CANAL

Les Serves

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1ère période du 11ème au 15ème siècle

Les textes d'abord ceux de 1020 et 1030 par lesquels les Vicomtes de Marseille font donation au monastère de St Victor de l'eau de l'Huveaune, depuis son confluent avec le jarret jusqu'à la mer pour y pêcher, avec des moulins sur l'Huveaune et des terres situées entre le béal et la rivière.

Ensuite en 1069, les Vicomtes divisent la ville et son territoire en ville haute qui appartiendra à l'évêque, avec les banlieues nord et Château Gombert ( y compris le ruisseau de Caravelle, le plus important du terroir après l'Huveaune et le Jarret) et en ville basse, la plus peuplée, restant aux Vicomtes, avec les autres parties du terroir comprenant les deux cours d'eau principaux.

 Puis en 1079, les Vicomtes donnent à St-Victor l'eau de l'Huveaune avec toutes les fontaines, sources et terres, depuis St-Menet (limite de leurs possessions ) jusqu'à la mer.

 Enfin entre 1211 et 1226 la Commune de Marseille achète aux Vicomtes tous leurs droits sur leurs territoires, y compris les eaux du Jarret.

Or, Melquion nous indique qu'en 1206, la Ville établie à cette date, sans aucune protestation, une prise sur le Jarret et qu'en 1225 elle est définitivement propriétaire de ces eaux. Il semble donc que l'on peut situer entre ces deux dates la création  du Canal des jardiniers dont on parle dans les statuts de la Ville de 1228.

Ouvrons ici une petite parenthèse pour rappeler que : à cette époque, la famille des Vicomtes qui possédait Marseille était dans l'indivision. Certains d'entre eux firent de nombreux dons à l'Abbaye de St-Victor, alors en pleine expansion,  et s'appauvrirent en proportion. Comme ils avaient besoin d'argent, les édiles marseillais en profitèrent pour racheter à ces Vicomtes tous leurs droits seigneuriaux, y compris les eaux du Jarret. Aussi, Marseille va devenir indépendante politiquement pendant plusieurs décennies, jusqu'à l'avènement de Charles 1er d'Anjou, nouveau Comte de Provence.

En 1228, des statuts de la Ville nous indiquent que la dérivation des eaux du Jarret dans le Canal des jardiniers et leur distribution aux jardins et aux blanqueries seraient confiées à trois hommes probes choisis pour cela et qu'il était ordonné que les eaux soient conduites de manière qu'elles ne coulent pas dans le port...

 Le recteur et les consuls de Marseille seront tenus de veiller à ce qui précède si, quelqu'un des jardiniers agit contre cette défense, il sera puni en conséquence.. trois hommes probes seront élus chaque année lors des autres officiers...

 Ce texte sera confirmé solennellement par les chapitres de paix de 1257 conclus entre Charles 1er d'Anjou et la commune de Marseille.

 Mais en 1292, la ville Basse, la plus peuplée, achetait à la Ville haute l'usage partiel des eaux de l'Aqueduc pour y établir quelques fontaines propres à la Ville basse.

 En 1310 l'accord précédent est complété : la Ville basse utilisera l'eau de l'Aqueduc pour alimenter les fontaines et autres usages (abreuvoirs , lavoirs) moyennant 150 livres royales et l'obligation de curer l'Aqueduc toutes les fois que besoin serait. La Ville basse utiliserait les deux tiers des eaux en promettant de construire des fontaines et abreuvoirs tous les 20 ans.

 On voit donc par ce qui précède qu'un Aqueduc existait avant 1292 destiné à l'alimentation de la Ville haute, d'où il partait vers l'est pour aller capter des sources situées entre les murailles de la Ville et le Jarret (qu'il n'atteindra qu'en 1558), tandis que vers l'ouest il alimentait la Ville haute et la Ville basse.

 Le 8 Novembre 1350, la 1ère concession est accordée au monastère de St-Sauveur : c'est une concession payante pour un doigt d'eau. Ce monastère était situé au pied de la butte St-Charles près de la future place Bernard Dubois  et du parcours de l'Aqueduc.

  Je pense que les lois de l'hydraulique obligèrent les constructeurs à suivre un tracé qui, partant d'un point haut de la Ville au 13ème siècle ne sera pas modifié au cours des siècles suivants, mais seulement prolongé jusqu'au Jarret  1558 puis jusqu'à l'Huveaune 1572 .

 L'eau de cet Aqueduc entrait dans l'enceinte de la Ville et perpendiculairement à celle-ci sur des arcades qui sont représentées sur toutes les vues cavalières de Marseille antérieures à l'agrandissement de 1666.

 En 1449, les arcs de cet Aqueduc S'étant effrondrés la communauté les fit remettre en état, grâce à une imposition sur chaque hémine de blé. 

  Le 20 février 1473, acte  d'échange entre le Roi René et l'Evêque de Marseille duquel il résulte que les eaux de l'Huveaune appartiennent de fait à la Ville de Marseille, car en droit, le propriétaire était toujours le monastère de St-Victor depuis l'acte de donation de 1079. Mais, ce monastère fort déchu de sa puissance d'antan ne se sentait plus capable d'exercer pleinement ses droits sur l'Huveaune et laissait la Ville, en sa qualité d'usager principale d'intérêt public, se substituer à lui mais, lors des nombreux procès qui auront lieu ultérieurement et ce, jusqu'à la révolution, St-Victor sera toujours représenté devant les tribunaux en tant que propriétaire légal

  En 1475 délibération du conseil de la Ville portant que les arbres plantés le long des Aqueducs à une distance inférieure à 4  cannes ( environs 8 mètres), seront arrachés, et, qu'à l'avenir, il ne pourra en être planté qu'en observant cette distance.

  Le 12 août 1477, Jean de Monteil et Julien Ricarvi sont chargés par le Conseil de Ville de visiter le cours de l'Huveaune pour empêcher l'arrêt des moulins dû au manque d'eau par suite de diverses coupures faites à son lit par des particuliers... Ecclésiastique qui prétend en avoir le droit..M.  Le  Viguier ayant défendu sous des peines graves aux propriétaires de cette ville, et notamment par l'autorité aux ecclésiastiques pour leur temporel, exécuter sur les rives de l'Huveaune aucune opération dommageable aux moulins.. Les élus  prendraient alors des dispositions pour démolir les ouvrages en question.

 C'est quelques années auparavant, en 1471que l'on trouve la 1ère mention d'un fontainier en titre (G. Martel-Reison,) période du 16 ème au 17ème siècle.

  En 1524,Marseille est assiégée par le Connétable de Bourbon. Ruffi nous dit qu'il fit rompre les aqueducs et eaux de Marseille pour assoiffer les marseillais, mais ceux-ci ne furent guère incommodés car ils avaient de l'eau en abondance dans leurs puits. Notons au passage que la source du grand puits était à l'intérieur des murailles de la cité depuis le XIIe siècle. A ce moment de son histoire, la population marseillaise est estimée à 15000 âmes.

  En 1558, l'Aqueduc est prolongé jusqu'au Jarret quartier de St-Naphre au lieu dit Pierres de moulins (actuellement quartier du Camas, un peu en amont du carrefour Chave Rocade du Jarret) où il prend l'eau à même le lit du ruisseau ; de cet endroit l'Aqueduc et le Canal des jardiniers suivaient un parcours présentant un certain parallélisme. La population marseillaise estimée à environ 30 000 habitants disposait de 15 fontaines publiques.

  En 1572, construction d'une garde serve (caisse ou bassin servant à la répartition des eaux) dans la propriété dite la Bourgogne à la Pomme, donc destinée à répartir l'eau prise à l'Huveaune. Ceci informe la date de 1599 donnée par certains auteurs comme étant celle du prolongement de l'Aqueduc à cette rivière. 

 Cette date de 1599, est donc à  rejeter au bénéfice de 1572. Un autre argument en faveur de cette dernière année : est-il logique, est-il pensable que, dans l'année 1598 on ait fait les travaux du prolongement de l'Aqueduc et que, peu après, le Conseil de la Ville accepte les modifications importantes proposées en Octobre par De Cepede et concrétisées à partir d'avril 1599 ?

 Donc à partir d 1572, l'Aqueduc prendra l'eau directement dans la rivière, comme au Jarret ; son parcours qui ne sera pas modifié au cours des siècles lui fera traverser en souterrain les campagnes de St-Jean du Désert et de St-Pierre, puis passer en dessous du Jarret dont il recevra l'eau à l'endroit indiqué plus haut puis, sous les actuels Bd de la Madeleine rue Consolat, Bd Longchamp qu'il traversera obliquement, il suivra le pied de la butte St-Charles et entrera dans la Ville par un pont à arcades, prés de la Porte d'Aix, perpendiculairement aux anciennes fortifications.

 Du point haut des Présentines et suivant une direction orientée approximativement au Sud Ouest, l'Aqueduc desservait la vieille Ville jusqu'à la fontaine St-Laurent, Rue Perdigone, un peu avant l'église du même nom. Diverses dérivations partaient de cette branche mère le long de son parcours urbain pour desservir les différents quartiers, soit par prise directe, soit par l'intermédiaire de serves.

 C'est en 1580, qu'apparaît la création d'un fonctionnaire Municipal, rémunéré par la Commune pour surveiller et garder les Aqueducs, puis, en octobre 1598 a lieu la première requête d'un sieur Jean de Cépede, d'une famille de notables marseillais, qui propose au Conseil de Ville de rechercher, à ses frais, de nouvelles sources d'eau pure pour alimenter l'Aqueduc à la place des eaux du Jarret et de l'Huveaune qui, dit-il, sont crasses, immondes et limoneuses, qui ont engendré et excité plusieurs maladies (déjà !) . . le conseil signe  avec De Cepede un contrat daté du 5 avril 1599 valable 15 ans : il devra notamment entretenir en bon état de propreté l'Aqueduc, ainsi que toutes ses conduites, dérivations etc...depuis la Pomme jusqu'à la fontaine St-laurent. Ce contrat sera valable 15 ans ; les principaux avantages accordés à De Cepede consisterons en :

 1)      l'exploitation de moulins, à construire ultérieurement quartier de la Joliette, alimentés par le surplus des eaux qui devra se jeter dans la mer à l'anse de l'Ourse.

 2)      La gabelle municipale des farines mais, comme le débit des sources captées par De Cepede et introduites dans l'Aqueduc était insuffisant, la Ville fut obligée, en 1605 de reprendre de l'eau au Jarret et en 1612, d'ouvrir une nouvelle prise sur le grand béal de l'Huveaune venant de St-Menet, puisque l'ancienne prise de la Pomme avait été abandonnée, suite à l'accord de 1599.

 

 


 

blason de marseille3)  Or De Cepède meurt, sans avoir réussi en 1671 . Sa veuve et héritière, voulant se dégager de ce guêpier , signe avec les Consuls une transaction en octobre 1620 mettant fin au contrat de 1599.

 En somme, De Cepède avait vendu la peau de l'ours avant de l'avoir tué ; cette affaire fut malheureuse pour la Ville qui manqua d'eau pendant un certain temps et pour De Cepede qui s'y ruina. La population marseillaise était d'environ 45 000 habitants.

 Entre 1637 et 1645, construction d'une maisonnette sur la prise d'eau du béal et établissement d'un gardien sur un terrain de 2 carterées situées à la Pomme et achetées à la ville.

 En 1642, sentence arbitrale définissant l'ouverture de la prise : 277 x 250 millimètres dans une plaque de bronze située à 125 millimètre au-dessus du sol du béal net et curé.

 En 1651, établissement d'un garde pour surveiller, cette fois, la prise du Jarret.

 En 1662, le 6 mai achat par la Ville au Sieur François Chrestien d'une propriété joignant l'Aqueduc près de la Porte d'Aix et, où elle a fait établir une citerne pour l'alimentation des eaux publiques ; je pense que c'est de l'Osede dont parle Duprat, qu'il s'agit appelée ultérieurement Bassin des Présentines d'environ 100 mètres cubes. Ce sera la caisse à eau de la vieille Ville ( Martel Reison).

 Après l'agrandissement de 1666, les arcades de l'Aqueduc seront dorénavant à l'intérieur des nouvelles murailles, donc moins vulnérables qu'auparavant en cas de siège. L'Aqueduc arrivera en souterrain prés de la nouvelle porte. Bernard Dubois, suivra la rue et émergera à l'air libre à l'impasse du même nom (Actuellement Tancrède Martel) un peu avant la Rue d'Aix. C'est du tronçon souterrain décrit ci-dessus que partiront ultérieurement les dérivations destinées à alimenter les nouveaux quartiers de l'agrandissement.

 En Novembre 1694, ordonnance de l'intendant enjoignant aux communautés jouissant des eaux publiques de déclarer le volume d'eau qu'elles utilisent, afin de les taxer en proportion, ce qui se traduira par un arrêt du Conseil du Roi du 19 mai 1695 imposant la Ville de Marseille pour 52 030 livres, moyennant quoi, celle-ci sera maintenue dans la jouissance des eaux des rivières, ruisseaux et sources de son territoire.

 Le 28 août 1699, ordonnance des échevins prescrivant des mesures contre ceux qui jettent, chaux, drogues et autres pour tuer les poissons de l'Huveaune afin de les avoir avec plus de facilité. De plus, cela a causé divers maux aux bêtes qui s'abreuvent et à la santé des habitants.

 En 1700, l'intendant Lebret annule toutes les concessions d'eau pour essayer de remettre de l'ordre dans le système, notamment celle de Ruffi, qui lui avait été accordée comme récompense pour son histoire de Marseille.

 En 1703, la Ville achète la source dénommée Pousaraque à son propriétaire Didier Curiol, afin d'en faire bénéficier le quartier qui va être construit autour des Allées de Meilhan et des Capucines ; une galerie rejoindra celle alimentant la source du Grand puits.

 En 1705, autre ordonnance de police portant défense de laver du linge dans les abreuvoirs des  fontaines mais par contre, tolérance pour les lavandière de laver leur linge au Jarret, sauf près de la prise d'eau de la Ville.

 En 1732, l'ancienne et 1ère prise d'eau de l'Huveaune inutilisable depuis les travaux de Cépede au début du siècle précèdent, est débouchée, réparée et remise en service, ce qui fera 2 prises en usage.

 En 1748, ordonnance de l'intendant qui prescrit aux propriétaires riverains du Jarret de faire arracher les arbres qu'ils ont planté le long de ce ruisseau et, de détruire les ouvrages qui y ont été fait indûment.

 Le 25 mai 1766, le Conseil du Roi autorisera les échevins à faire payer annuellement les usagers des eaux publiques ; il fixera le prix de la concession et de la  redevance annuelle pour les fontaines des particuliers alimentés par ces eaux. Aussi, les échevins ordonnèrent le recensement des titres des concessionnaires et en 1775 seulement parut un état indicatif des futurs redevables, mais on en resta là : les concessions continuèrent à être gratuites.

  En 177-79, frictions entre la Ville et les officiers du Fort St-Jean et quelques années plus tard autres frictions avec le chapitre St-Victor au sujet des eaux.

 En Août 1783, le parlement de Provence autorise la Ville à faire dériver dans l'Aqueduc la totalité des eaux du petit béal de la Pomme, acheté l'année précédente ; c'était ainsi la 3ère prise d'eau sur l'Huveaune car les années 1783 et 84 furent d'une grande sécheresse.

 Quelques années plus tard nous sommes en 1789, où la population est estimée à 120 000 habitants.

 Sous la révolution, peu ou pas d'entretien de l'Aqueduc mais de nombreux arrêtés municipaux s'efforçant de réglementer la question, sans y parvenir mieux que sous le régime politique précèdent. La situation troublée qui va durer pendant la dernière décennie du XVIIIe siècle ne pouvait pas améliorer l'état de choses existant, bien au contraire.

 Pour résumer cette époque qui s'achève on peut dire que du XII au XVIII siècle la politique des eaux publiques à Marseille est une politique au coup par coup, au jour le jour. Pas de service d'entretien organisé : les fontainiers qui s'en occupaient étaient des artisans, des partisans privés que la Ville embauchait suivant les besoins ; chaque fois qu'elle le pouvait, celle-ci donnait des avantages en nature( concession gratuite) plutôt que les payer en espèces, de temps en temps elle essayait de faire participer des particuliers jouissant des eaux publiques aux dépenses de réparation et d'entretien des Aqueducs, sans grand succès, semble t'il .

 Les fontaines favorisant ceux qui payaient, au détriment de la collectivité, qui souffrait également des nombreuses prises clandestines, détournant les eaux de leur destination normale au profit de certains riverains sans scrupules. Il y a eu un, puis deux, puis quatre fontainiers depuis 1471 jusqu'à la fin de l'ancien régime, où la Ville disposera de plus de 100 fontaines dont un peu moins de la moitié à usage du public.

 Sur les gravures antérieures à l'agrandissement de Louis XIV, on voit nettement les arcades de l'Aqueduc arrivant perpendiculairement aux murailles prés de la Porte d'Aix puis plus rien, l'Aqueduc devenant souterrain ainsi que l'Osède bassin dont parle Duprat suivi de G. Martel Reison, les lois de l'hydraulique  voulaient en effet qu'il y eut en cet endroit, bien placé par rapport à la vieille Ville, un bassin distributeur et accessoirement de décantation, puisque les eaux de source recueillies entre le XIII et le XVI siècle étaient en principe relativement pures lorsque la Ville achètera le 6 mai 1662 au sieur François Chrestien une propriété joignant les  Aqueducs prés la Porte d'Aix et où la Ville a fait établir une citerne pour l'alimentation des eaux publiques. Ce ne peut être que le terrain où était le bassin de l'Osède qui va s'appeler dorénavant le Bassin des Présentines et dont les chiffres de Melquion nous indiquent que sa capacité utile était d'environ 100 mètres cubes, suffisante au XIII siècle (10 000 habitants ?)  mais insuffisante aux XVII et XVIII siècle.

 Pour une cité passant de 65 000 âmes environ en 1670 à 12 000 environ en 1789, il y avait bien des petits bassins, ainsi que la Serve dite la Bourgogne sur les prises de la Pomme, mais ils servaient plutôt  de bassins de décantation que de bassins de réserve. A partir de louis XVV, le pouvoir centralisateur se fait sentir, on constate qu'il y a de plus en plus d'ordonnances de l'intendant relatives à des affaires qui auraient pu être traitées à l'échelon municipal. Des canalisations spéciales, construites et entretenues aux frais du Roi alimenteront le nouvel arsenal des Galères qui auront priorité lors de menaces de guerre.

 Enfin, le Conseil de Ville aurait pu en 1695 et surtout en 1766, faire payer les concessionnaires, mesure de justice ; mais on a vu qu'il n'en a rien été, la Ville n'avait peut-être pas la volonté, sinon les moyens de remédier à l'état de choses existant ; il faudra attendre 1801 pour que l'on applique enfin l'arrêté de 1766.

 Ceci sera une des améliorations que le XIX siècle apportera à l'ancien système, améliorations malheureusement insuffisantes. Ce système était dépassé et appelait des changements radicaux qui n'interviendront qu'avec le nouveau Canal de Marseille.

 Nota :

 Exemple des abus relatifs aux eaux en 1640, la Ville donne à un sieur De Felix la jouissance d'un petit doigt d'eau pour son jardin situé prés de la Porte de la Franche, à prendre à l'Aqueduc, en contrepartie des travaux qu'il avait financés à la place de la Ville, qui manquait d'argent, relatifs à la conduite et à la fontaine Vivaux.

 En 1807, les héritiers de De Felix réclament à celle-ci 23 deniers 1 4 (plus de 200 000 litres par 24 heures !) d'où procès.

 Cette partie de mon travail l'est surtout basée sur la documentation  provenant  du dépouillement de nombreuses feuilles manuscrites contenues dans les boites carton, référence 620 aux archives communales. La plupart de ces feuilles se rapportent à des Procès Verbaux, des accommodements, des chicanes, des procès car il n'y avait pas assez d'eau pour tout le monde d'où Arrêtés Municipaux et Préfectoraux sans nombre, toujours peu ou pas respectés et, par suite, contestation à l'infini. Un fil conducteur nous est donné par Melquion, Inspecteur au Service des Eaux de Marseille.

 Melquion a écrit en 1882, un ouvrage, faisant autorité, sur l'Aqueduc de l'Huveaune qu'il a visité systématiquement de 1870 à 1880 pour son travail. Il nous écrit en préambule les difficultés de son service à cause de la fréquence des différends graves qui s'élevaient et se renouvelaient sans cesse entre l'administration et les propriétaires, d'où les difficultés qui existaient pour les juger en pleine connaissance de cause, pour manque de plans, titres et documents authentiques.

 Des nombreux abus, dans la manœuvre des eaux, que les fontainiers des particuliers seuls connaissaient et qui suivant leurs propres intérêts, réglaient la distribution  au profil de certains, donc au détriment des autres. Il était  impossible de réprimer ces abus, faute d'une connaissance suffisante de la  distribution des  eaux et des litres de concession d'où :

 Réclamations sans nombre adressées aux bureaux responsables. Je ne m'étendrai pas, au cours des paragraphes suivants, sur les circonstances de la construction du nouveau Canal de Marseille, suffisamment connues ; je me contenterai de donner seulement quelques détails s'y rapportant.

 Le début du XIX siècle voit s'établir un nouveau gouvernement fort, le Consulat de Bonaparte, et une nouvelle administration mieux structurée avec, à la  tête de la Ville et du département, un homme, Charles Delacroix, qui va remettre de l'ordre dans l'anarchie et, le laisser-aller hérité de la révolution, tout en étant estimé et même aimé de ses administrés.

 En ce qui concerne notre sujet, il va commencer par faire appliquer l'arrêt du Conseil du Roi de 1766 à partir de 1801, c'est-à-dire enregistrer les nouvelles concessions payantes et en même temps vérifier les litres des anciennes concessions, toutes gratuites, je le répète.

 Les nouvelles concessions payantes seront enregistrées jusqu'au 4 octobre 1833 au nombre de 785, plus une, en 1834 et une dernière en 1835 soit 787 en tout.

 La même année 1801, un arrêté préfectoral fixe le profit théorique du Jarret : 24 mètres de largeur à la surface du sol, talus inclinés à 45° et autres prescriptions... Les propriétaires riverains ne pourront construire les murs de leur propriété sans autorisation et ne pourront planter des arbres ou arbustes le long des rives... rappel de l'ordonnance de 1748 enjoignant d'arracher des arbres.

   C'est par l'arrêté du 11 Avril 1801, que Delacroix autorise la construction d'une canalisation partant du quartier Bernard Dubois et destinée à alimenter 9 propriétés et savonneries situées aux environs de la Corderie, ainsi que les nouvelles fontaines Bonaparte et Monthyon ; les frais seront supportés par les concessionnaires au prorata de la quantité d'eau qu'il recevront.

 En 1809, 1810, 1818 et 1820, arrêtés similaires pris en vue de la desserte des nouveaux quartiers autour de Rive Neuve. Le recensement de 1801 nous indique une population de 102219 habitants. Le 22 mars 1802, il paraît un arrêté concernant la Direction des Fontaines Publiques Aqueducs, conduites publiques et particulières regards et déversoirs des eaux de la Commune. Cet arrêté réorganise le Service des Eaux ; il crée notamment un Inspecteur des Travaux Hydraulique chef de ce Service, et indique les attributions, rémunérations et devoirs des 8 fontainiers de Marseille.  Deux par arrondissement plus un 9ème spécialement attaché au Lazaret et aux hospices civils. Cette nouvelle organisation, plus rationnelle et plus étoffée que la précédente représente un progrès par rapport à celle-ci.

 En Septembre 1802, autre arrêté préfectoral, stipulant que chaque ayant droit riverain de l'Huveaune devra mettre à ses frais une bande de fer et un cadenas à chaque vanne qui ne sera ouverte qu'à l'heure indiquée par le Garde des Eaux seul possesseur des clefs des cadenas.

 . Autre arrêté du successeur de Delacroix, Thibaudeau, du 10 février 1805 complétant celui de mars 1802 en créant un poste d'entrepreneur chargé de l'entretien des Aqueducs et conduites de la Ville ainsi que la confection  des ouvrages hydrauliques au compte de la Commune.

 Il sera sous la surveillance immédiate de l'Inspecteur des Fontaines de la Ville, chez lequel il se rendra tous les jours à 5 heures du soir pour y recevoir ses ordres. Il tiendra exactement et solidement fermés tous les regards, prises.. des conduites publiques dont il aura les clefs qui seront différentes de celles des regards et prises des particuliers qui devront les faire et les entretenir à leurs frais..


 Puis le 6 Avril 1807, parut un arrêté municipal cette fois reprenant et complétant les deux arrêtés préfectoraux ci-dessus qui servira de base pour la réglementation des eaux durant une bonne partie  du XIX siècle et dont voici les principales stipulations.

 Toutes les saignées, cavités et prises abusivent faites dans les lits de l'Huveaune et du Jarret seront coupées, détruites ou remplies aux frais des propriétaires riverains, le lit du Jarret sera nettoyé, on ne pourra faire de lessive dans le Jarret ni d'y jeter des immondices, ni en détourner les eaux sous aucun prétexte, depuis la prise de la Ville jusqu'à St-Just.. les arrosages commenceront le 1er Mai et cesseront le 1er septembre ; ils auront lieu de 6 heures du soir, à 6 heures du matin, dans les temps de sécheresse. Les eaux seront employées d'abord à l'usage des moulins et ensuite à l'arrosage qui pourra suivant les circonstances, être  réduit.

 En ville, les eaux seront réparties alternativement par quartier et, si les circonstances l'exigent elles  seront exclusivement réservées d'abord pour les fontaines et établissements publics, ensuite pour les fabriques. M. le Prefet sera prié de prendre les mesures nécessaires pour que, dans les Communes riveraines en amont de Marseille, on ne retienne les eaux pour les arrosages été, les moulins au-delà du nécessaire. Les habitants intéressés par cet important arrêté étaient au nombre de 99 169, recensement de 1806. Il s'en suivi qu'en 1808 un nouvel état nominatif d'arrosage fut dressé : il désignera le tour hebdomadaire de chaque ayant droit : jour et heure de la semaine pour l'Huveaune. Quant au Jarret, le tableau fut fait pour 15 jours ; c'était l'organisation de la pénurie.

 En 1812, la mairie envisage des améliorations à apporter à l'Aqueduc ; un plan complet de celui-ci est dressé et on pense pour la 1ère fois à la suppression des arcades de la Porte d'Aix.

 En 1817, arrêté municipal relatif à la réparation alternative des eaux dans la Ville, quartier par quartier, suite à l'arrêté de 1807. La même année, arrêté préfectoral étendant les restrictions d'arrosage aux autres Communes riveraines de l'Huveaune : Aubagne, Roquevaire et Auriol. Le Préfet du Var sollicité, prend un arrêté similaire pour  St-Zacharie dont les habitants vont demander une indemnité compensatrice à la Ville de Marseille où la population est passée à 96 271 habitants puis à 103 279 recensement de 1811 et 1816.

 De 1817 à 1848, nombreux arrêtés municipaux et préfectoraux restreignant ou suspendant les arrosages afin d'assurer un minimum d'eau à la population urbaine qui augmente régulièrement et accessoirement aux moulins à eau car, depuis toujours, les propriétés ont toujours été les citadins, les moulins et en dernier lieu l'arrosage des terres.

 En 1822, le Conseil Municipal passe avec le sieur Louis Amphoux, fontainier précédemment adjudicataire de l'entretien et des réparations de l'Aqueduc depuis 1815, une convention pour les travaux d'entretien et de réparation sous forme d'abonnement, à raison de 16 500 francs par an. Cette convention sera renouvelée à Amphoux et à ses successeurs jusqu'à l'arrivée des eaux de la Durance.

 De 1825 à 1828, suppression des arcades  de la Porte d'Aix et leur remplacement par un siphon souterrain.

 En 1829, premiers forages de puits artésiens Place St-Ferréol puis, jusqu'en 1834 année de sécheresse exceptionnelle aux places Noailles et de Rome. Nappes aquifères souterraines jusqu'à  moins 151, avec quelques petites nappes car dans cette période de sécheresse extrême la municipalité Consolat fera faire les recensements de nombreux puits existants. La statistique des Bouches du Rhônes nous indique qu'à Marseille dès qu'on a un emplacement pour bâtir une maison on commence à creuser le puits et on est sûr de trouver l'eau dès qu'on à atteint le banc d'argile à une profondeur qui ne va jamais au-delà de 15 à 20 mètres. Aussi, toutes les maisons ont des puits alimentés par un seul réservoir qui ne tarit que dans les grandes sécheresses l'auteur très optimiste, veut sans doute parler de la 2ème nappe souterraine. Quoiqu'il en soit, on installera des pompes à main au grand puits ; ailleurs, des sources seront achetées en banlieue pour alimenter les autochtones.

 Durant cet été mémorable de 1834, où la disette atteignit son maximum, le Maire promulga deux arrêtés interdisant les arrosages de façon absolue et pour ce faire ; les rives du Jarret et de l'Huveaune, ainsi que les prises de la Ville seront gardées, par la troupe du 20 Juillet  au 30 Septembre 1834, ensuite il y eut les grandes inondations de l'automne et le cholera.

 En 1836, utilisation des eaux de Malpassé (banlieue Nord-Est) par une Société Privée pour alimenter les quartiers environnant la Plaine par l'intermédiaire d'un bassin construit à la Croix de Régnier dans la propriété des Capucins. La Société exploitante sera rachetée par la Ville en 1851, avec comme recensement de 1836 : 14 597 habitants.

 En 1839 et 1846, années de grande sécheresse : utilisation de nouvelle pompes ; interdictions habituelles ; on fait en 1839 un relevé  des 22 puits publics afin d'organiser la garde de nuit de ces puits, de leurs pompes et de leurs agrés. Les gardes étaient payés 1 franc par nuit. En 1842, achat par la Ville des eaux de la Rose (banlieue Nord-Est)  pour servir également aux nouveaux quartiers de la Plaine par l'intermédiaire, cette fois, d'un bassin situé angle rues du Loisir et St-Savournin.

 Entre 1847 et 1850, l'eau de la Durance apporte un appoint sérieux d'eau à la Ville car le nouveau Canal alimente les banlieues situées sur son parcours, depuis Notre-Dame limite jusqu'à St-Jérôme où il rejoint le Jarret d'où il pénétra en ville par l'intermédiaire de l'Aqueduc. Ceci, en attendant que le grand bassin de répartition de Longchamp, en construction, puisse remplir son office c'est-à-dire après le 19 novembre 1849. A partir de cette date, Marseille sera alimentée en grande partie par l'eau de la Durance avec un appoint de l'ancien Aqueduc. A ce moment, la population est passée de 183 186 habitants en 1846 à 195 138 en1851.

 En 1862, plus d'appoint du Jarret, Melquion nous apprend que la conduite de prise arrivant à l'Aqueduc est murée par une maçonnerie ; depuis cette date, il procédera à des visites détaillées de l'ancien système de distribution des eaux entre 1870 et 1880 en sa qualité d'Inspecteur de ce Service, ce qui lui permettra d'écrire son ouvrage paru en 1882.

 En 1884, la Municipalité fait faire un relevé complet des puits, pompes et citernes de la Ville ; sur 4479 puits recensés M. Clerc en compte 387 relatifs à la cité antique.

 En 1885, le Docteur Mireur hygiéniste, démontre que le choléra qui vient de sévir à Marseille,  est transmis par l'eau d'alimentation. En 1891, la Municipalité F. Baret décidée à entreprendre l'assainissement de la Ville par la construction du grand Egout Collecteur, fait analyser les eaux fournies par les Marseillais. Des résultats publiés, j'extrais ce qui suit l'eau de l'Huveaune toujours distribuée en 1891 à raison de 800mètres cubes par 24 heures est de mauvaise qualité et contaminée par des produits de décomposition animale, ne peut que prêter encore au développement des maladies contagieuses.

 L'eau du Jarret est absolument infecte, les eaux du Canal et du Puits sont absolument détestables. L'eau  de  la Franche est à la limite des eaux potables. Les eaux des 2 puits de la place St-Ferréol sont de bonne qualité et n'ont besoin que d'un peu d'aération.

 Les nombreux puits de la Ville sont à la limite des eaux potables ; à n'employer qu'en cas de nécessité à cause des infiltrations d'égouts et de fosses d'aisance. Enfin pour couronner le tout, les eaux du Canal de la Durance sont impropres à la consommation. Voilà quelles étaient les eaux utilisées par 406 919 Marseillais de 1891. Aussi, devant de pareilles analyses, on va commencer dans les années qui vont suivre à construire un réseau spécial d'eau potable  avec son propre bassin (St-Marthe). Cet effort sera développé dans les décennies qui vont suivre, notamment par traitements physicochimiques de plus en plus efficaces, ce qui finalement fournit aux millions de Marseillais d'aujourd'hui une eau abondante et parfaitement potable, chose inconcevable il n'y a pas si longtemps. Aussi, les épidémies ; notamment le cholera qui a sévi tant de fois depuis 1834, ne seront plus qu'un mauvais souvenir : on ne les reverra plus dans la cité et cela sera très bien ainsi.

 VI Résumé et conclusions

 On a pu voir par ce qui précède que si, le XIX siècle a apporté des améliorations à l'ancien système de distribution d'eau sur les plans administratif et financier, il en a peu apporté sur le plan technique : l'outil était pas trop défectueux.

 Le bassin des Présentines (ex Osède) de 100 mètres cubes environ était la seule réserve d'eau, nettement insuffisante après l'agrandissement où la Ville comptait environ 65 000 âmes et à fortiori dans les dernières années de l'ancien système 183 000 habitants en 1846, 195 000 en 1851 ou le bassin de la Place des Moulins prendra la relève pour la vieille Ville  seulement avec ses 12 000 m3. Cette réserve insuffisante des Présentines faisait que Marseille dépendait par trop des conditions climatiques. Que la pluviosité soit inférieure à la normale comme  ce fut le cas de 1830 à 1834 alors  la situation devenait catastrophique l'été.  De nombreux arrêtés étaient bien pris par les autorités mais n'étaient que peu ou pas appliqués ; le système était vicié parce qu'il n'y avait pas assez d'eau pour tout le monde ; pas assez d'agents d'exécution, dont  certains étaient achetés par des particuliers. Les détournements d'eau faits par les riverains aussi bien, ceux de la Ville que ceux de la campagne étaient monnaie courante, surtout la nuit, les sanctions découlant des procès verbaux étaient insuffisantes. Enfin, des procès sans nombre venaient encore compliquer cette situation, héritée de l'ancien régime, et insuffisamment améliorée au début du XIX siècle. Il faudra attendre 1834, année où la pénurie d'eau atteint  un minimum intolérable, pour que la Municipalité Consolat fasse entreprendre un nouveau Canal sans aucune aide extérieure (pour cette raison il sera dénommé Canal de Marseille)  sous la Direction d'un ingénieur éminent Frantz Mayor de Montricher. Cette fois-ci, les choses seront envisagées de façon moderne, prévoyant l'avenir et poursuivies sans interruption ni défaillance, suivant la décision du Conseil Municipal du 18 juillet 1834 qui déclarait "l'exécution du Canal est pour le Conseil une décision irrévocable" : QUOI QU'IL ADVIENNE, QUOI QU'IL ENCOUTE, LE CANAL S'EXECUTERA.

 Aussi, malgré le développement considérable pris par la Ville et son port, il y aura dorénavant suffisamment d'eau. Comme indiqué plus haut, je ne m'étendrai pas sur le sujet relativement bien connu.

 Mais, si ce nouveau Canal va améliorer quantitativement la question et va même augmenter la pluviosité de Marseille. La qualité des eaux laissera fort à désirer, d'où épidémies de choléra, cas de fièvre typhoïde.. il faudra attendre le début du XX siècle pour que  des améliorations interviennent en ce sens : améliorations encore poursuivies de nos jours. Quand aux nappes souterraines qui existent toujours, je renouvelle le souhait formulé au début de ce travail : que l'on fasse des essais à la fluorescéine sur les eaux du Jarret, en amont de la partie cimentée du lit afin de voir si ce ruisseau alimente ou non ces nappes aquiféres qui donnent aujourd'hui bien des soucis aux utilisateurs de certaines caves.. et aux constructeurs des nouvelles galeries du métro.

                                                                                                                                               J. LETALLEC

                                                                                                                                     Comité du Vieux Marseille

 


 RESUME CHRONOLOGIQUE

 De ce qui précède

 Période Grecque (avant J.C.) Les Massaliotes n'ont pas eu besoin de faire des travaux d'adduction d'eau car les deux nappes phréatiques existant dans le sous-sol de leur ville leur en procurent suffisamment, à tel point qu'ils peuvent inonder les galeries souterraines faites par les légionnaires de Jules César, lors du siège de 49 avant Jésus christ.

 Ier et II siècles après J.C. Durant ces deux siècles, l'Aqueduc exhumé derrière la bourse alimente la Ville romaine. Des deux bassins également exhumés au même endroit, le plus grand sert de ravitaillement des navires.

 III et IX siècles, Cet  Aqueduc sert de moins en moins, de plus, il est vraisemblable qu'il fut rendu définitivement inutilisable, s'il ne l'était déjà,  au cours des sièges du IX siècle.

 1ère moitié du XIII siècle, Construction du Canal des Jardiniers pour l'arrosage, à partir du Jarret, des terres maraîchères comprises entre Celui-ci et les murailles de la Ville. Date de construction probable : aux environs de 1225.

 2ème moitié du XIII siècle , Construction d'un Aqueduc destiné à la consommation urbaine à partir d'eaux des sources avoisinantes. Cet Aqueduc arrive dans l'enceinte fortifiée de la Ville par un pont à arcades prés de la Porte d'Aix au lieu-dit les Présentines où a été creusé un bassin de répartition ( l'Osède de Duprat) et d'où il dessert les quartiers urbains par des galeries souterraines. Date probable de construction : entre 1257 et 1292.

 1558, l'Aqueduc ci-dessus est prolongé jusqu'au Jarret lieu-dit "Pierres de Moulin", Quartier de St-Naphre 1572. L'Aqueduc est prolongé jusqu'à l'Huveaune, au hameau de la Pomme. 1599-1605, comme suite aux travaux de De Cépède l'Aqueduc ne reçoit, de nouveau que des eaux de source mais en quantités insuffisantes.1605, reprise des eaux au Jarret.1612, prise sur le grand béal de l'Huveaune, en remplacement de celle de 1572 abandonnée à la suite du contrat de De Cépède datant de 1732.

 Remise en service de l'ancienne prise de l'Huveaune : en 1832,  troisième et dernière prise d'eau au petit béal de l'Huveaune ce qui, avec celle du Jarret, portait à quatre prises d'eau alimentant l'Aqueduc. 1834,décision du Conseil Municipal de construire un nouveau Canal d'alimentation Quoi qu'il advienne quoi qu'il en coûte1847, arrivée des Eaux de la Durance dans le terroir puis, dans l'Aqueduc urbain par sa prise du Jarret. 1849, arrivée de l'eau de la Durance au bassin de Longchamp d'où elle sera répartie dans tous les quartiers de la Ville.

  1862, fermeture de la prise du Jarret mais, l'eau de l'Huveaune sert toujours, conjointement à celle de la Durance, à l'alimentation des Marseillais. Fin du XIX siècle, mise en place d'un réseau d'eau potable, différent de celui des eaux brutes. Début du XX siècle, suppression de l'eau de l'Huveaune. Marseille est desservie uniquement par l'eau de la Durance. Améliorations quantitatives et surtout qualitatives de l'eau mise à la disposition des Marseillais d'où des travaux considérables poursuivis encore de nos jours.


                                             Les Serves

Les trois Serves principales sont placées sur les points culminants de la rue des Abeilles, du Boulevard du nord et du Boulevard de la Paix.

Les serves secondaires au nombre de 400 consistent en de simples bacs rectangulaires dans lesquels sont reglées les derniéres attributions des eaux.

etalon

 

     

Les Unités de mesure 

LE DENIER


Dans les textes antérieurs au XIXème siècle, on trouve des appellations imagées mais incertaines et l’on dénommait suivant les cas, d’un pouce, d’un sol, d’un écu, DENIER.

serveD’emblée une remarque s’impose : toutes des dénominations font penser à un orifice circulaire. Or, lorsqu’en 1840 seulement, on officialisera une unité de débit, ce sera le DENIER qui sera choisi et qui sera défini comme étant la quantité d’eau traversant en 24 heures un orifice CRRE de 17 millimètre de côté (27) existant dans une mince plaque de cuivre sans pression d’eau en Amont ! Suivant l’importance de cette hauteur d’eau en Amont, le DENIER pouvait varier entre 9000 et 10 000 litres par 24 heures ;

Pour lever cette trop grosse approximation, cette trop grande différence, on admit une valeur moyenne de 9500 litres

Néanmoins ce manque d’exactitude était la cause que les concessionnaires d’un DENIER d’eau devaient payer des sommes différentes suivant que ce dernier était pris dans une SERVE principale ou dans une serve secondaire

C’est GROSE, Ingénieur en Chef du Département des Bouches-du-Rhône, qui après essais, avait fixé en 1802 la valeur du DENIER à 6 litres 585 d’eau par minute, mais comme indiqué plus haut, ce n’est qu’en 1840 qu’il sera officialisé par un Arrêté Municipal, des talons ronds et carrés seront fabriqués, ainsi que ceux des multiples et sous-multiples : sol, demi-denier ou liard.

Les eaux fournies par l'Aqueduc, sont réparties dans diverses caisses de distributon, appellées localement : SERVES. Ces serves consistent en un petit bassin affectant ordinairement la forme d'un carré long, divisé en deux parties sur sa longueur, par un diaphragme qu'on fait généralement en cuivre mince, et qui est percé d'un nombre d'orifices déterminés par la quantité d'eau à fournir.

Du côté d'amont de ce diaphragme, se trouve la conduite d'amenée des eaux qui dégorge soit par le fond de la serve, soit latéralement, suivant la disposition des lieux: du côté d'aval, se trouvent des  cloisons de division formées par d'autres plaques de métal dans lesquelles se répand l'eau fournie par les orifices, d'où ensuite cette eau tombe dans les conduites destinées à la porter aux diverses destinations.

On distingue parmi les serves, les serves principales et les serves secondaires, les premiéres sont celles qui reçoivent les eaux immédiatement et à niveau de l'Aqueduc, elles sont situées, la première en haut de la Rue des Abeilles, la seconde au haut du Bd des Trois Journées, la troisième en haut du Bd de la Paix. Les serves secondaires sont celles qui reçoivent les premières l'eau nécessaire pour les divers services, soit de la Ville, soit des  concessions particulières, elles sont au nombre de quatre cents environ, réparties sur la surface de  la Ville.

L'unité de messure pour la division des eaux est le DENIER, c'est un orifice rectangulaire de dix-sept millimètres de côté, percé en mince paroi et dont le débit est essentiellement variable, en raison de la charge d'eau plus ou moins forte que fournit l'Aqueduc.

Dans les serves principales où l'eau, quand elle est au maximum de hauteur dans l'Aqueduc, se maintient à 1 mètre 19 centimètres au-dessus du centre des orifices, les derniers débitent ordinairement de 20 à 25 mille litres d'eau par 24 heures. Dans les serves secondaires, où la charge d'eau n'est, au maximum, que de 6 centimètres sur le centre de l'orifices, le débit est à peu près dans la proportion de la charge, et il est ordinairement de 9 à 10 mille litres d'eau par 24 heures, aussi est-ce en raison de cette différence dans le résultat, qu'on a fait varier la côte des concessions particulières et que l'Arrêt du Conseil d'Etat du Roi du 25 mai 1766, en réglementant le service des Eaux et le tarif pour la Ville de Marseille, a équitablement fixé à 300 francs d'achat primitif et 30 francs de redevance annuelle, le prix d'un denier dans une serve principale, et à 200 francs d'achat primitif et 20 francs de redevance annuelle, le prix d'un denier dans une serve secondaire.

Du reste, la Ville ne s'engage nullement vis-à-vis des concessionnaires, à fournir à ceux -ci le nombre déterminé d'hectolitres d'eau par 24 heures, elle leur donne seulement un orifice d'une dimension connue qui est le denier, et ils subissent ensuite la chance d'une charge plus ou moins forte, cette chance peut varier depuis le maximum de charge dont il a été parlé, jusqu'à zéro où soit à l'orifice seulement plein, ce qui est en général la condition la plus défavorable.

Il faut, pour que l'eau de la Ville atteigne, soit dans les serves principales, soit dans les serves secondaires, ce maximum de hauteur de charge, que la  quantité d'eau fournie soit par l'Huveaune seule, soit par l'Huveaune et le Jarret concurremment, procure à l'Aqueduc un débit d'environ un dixième de mètre cube par seconde, et c'est le régime en hiver. Au contraire, les ressources de la Ville se reduisent au cinquième environ de ce  volume d'eau, c'est donc à peu près mille deniers d'eau au maximum et deux cents au maximum, en comptant le denier à neuf mille cinq cents litres d'eau par vingt heures, appréciation généralement admise  à Marseille.

 

 


 

 HISTOIRE des FONTAINIERS 1428

Edition Jeanne lafitte

En 1428 à Marseille une profession est en train de changer de visage, de prendre sa physionomie moderne, dans le domaine de la distribution d'eau, capital pour toute agglomération. Marseille en ces années se transforment. C'est le moment ou l'on congédie celui qui jusqu'a ce jour assurait les fontions de " FONTAINIER" .fonction paradoxalement remplies jusque-là par le bourreau de la cité.

 

 Comité du vieux Marseille 1985

Il faut dire qu'a cette époque, le visiteur des eaux n'était autre que le BOURREAU de la VILLE.

C'est à cause de cela que l'on va créer le premier poste de FONTAINIER en titre vers 1471