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 Puis le 6 Avril 1807, parut un arrêté municipal cette fois reprenant et complétant les deux arrêtés préfectoraux ci-dessus qui servira de base pour la réglementation des eaux durant une bonne partie  du XIX siècle et dont voici les principales stipulations.

 Toutes les saignées, cavités et prises abusivent faites dans les lits de l'Huveaune et du Jarret seront coupées, détruites ou remplies aux frais des propriétaires riverains, le lit du Jarret sera nettoyé, on ne pourra faire de lessive dans le Jarret ni d'y jeter des immondices, ni en détourner les eaux sous aucun prétexte, depuis la prise de la Ville jusqu'à St-Just.. les arrosages commenceront le 1er Mai et cesseront le 1er septembre ; ils auront lieu de 6 heures du soir, à 6 heures du matin, dans les temps de sécheresse. Les eaux seront employées d'abord à l'usage des moulins et ensuite à l'arrosage qui pourra suivant les circonstances, être  réduit.

 En ville, les eaux seront réparties alternativement par quartier et, si les circonstances l'exigent elles  seront exclusivement réservées d'abord pour les fontaines et établissements publics, ensuite pour les fabriques. M. le Prefet sera prié de prendre les mesures nécessaires pour que, dans les Communes riveraines en amont de Marseille, on ne retienne les eaux pour les arrosages été, les moulins au-delà du nécessaire. Les habitants intéressés par cet important arrêté étaient au nombre de 99 169, recensement de 1806. Il s'en suivi qu'en 1808 un nouvel état nominatif d'arrosage fut dressé : il désignera le tour hebdomadaire de chaque ayant droit : jour et heure de la semaine pour l'Huveaune. Quant au Jarret, le tableau fut fait pour 15 jours ; c'était l'organisation de la pénurie.

 En 1812, la mairie envisage des améliorations à apporter à l'Aqueduc ; un plan complet de celui-ci est dressé et on pense pour la 1ère fois à la suppression des arcades de la Porte d'Aix.

 En 1817, arrêté municipal relatif à la réparation alternative des eaux dans la Ville, quartier par quartier, suite à l'arrêté de 1807. La même année, arrêté préfectoral étendant les restrictions d'arrosage aux autres Communes riveraines de l'Huveaune : Aubagne, Roquevaire et Auriol. Le Préfet du Var sollicité, prend un arrêté similaire pour  St-Zacharie dont les habitants vont demander une indemnité compensatrice à la Ville de Marseille où la population est passée à 96 271 habitants puis à 103 279 recensement de 1811 et 1816.

 De 1817 à 1848, nombreux arrêtés municipaux et préfectoraux restreignant ou suspendant les arrosages afin d'assurer un minimum d'eau à la population urbaine qui augmente régulièrement et accessoirement aux moulins à eau car, depuis toujours, les propriétés ont toujours été les citadins, les moulins et en dernier lieu l'arrosage des terres.

 En 1822, le Conseil Municipal passe avec le sieur Louis Amphoux, fontainier précédemment adjudicataire de l'entretien et des réparations de l'Aqueduc depuis 1815, une convention pour les travaux d'entretien et de réparation sous forme d'abonnement, à raison de 16 500 francs par an. Cette convention sera renouvelée à Amphoux et à ses successeurs jusqu'à l'arrivée des eaux de la Durance.

 De 1825 à 1828, suppression des arcades  de la Porte d'Aix et leur remplacement par un siphon souterrain.

 En 1829, premiers forages de puits artésiens Place St-Ferréol puis, jusqu'en 1834 année de sécheresse exceptionnelle aux places Noailles et de Rome. Nappes aquifères souterraines jusqu'à  moins 151, avec quelques petites nappes car dans cette période de sécheresse extrême la municipalité Consolat fera faire les recensements de nombreux puits existants. La statistique des Bouches du Rhônes nous indique qu'à Marseille dès qu'on a un emplacement pour bâtir une maison on commence à creuser le puits et on est sûr de trouver l'eau dès qu'on à atteint le banc d'argile à une profondeur qui ne va jamais au-delà de 15 à 20 mètres. Aussi, toutes les maisons ont des puits alimentés par un seul réservoir qui ne tarit que dans les grandes sécheresses l'auteur très optimiste, veut sans doute parler de la 2ème nappe souterraine. Quoiqu'il en soit, on installera des pompes à main au grand puits ; ailleurs, des sources seront achetées en banlieue pour alimenter les autochtones.

 Durant cet été mémorable de 1834, où la disette atteignit son maximum, le Maire promulga deux arrêtés interdisant les arrosages de façon absolue et pour ce faire ; les rives du Jarret et de l'Huveaune, ainsi que les prises de la Ville seront gardées, par la troupe du 20 Juillet  au 30 Septembre 1834, ensuite il y eut les grandes inondations de l'automne et le cholera.

 En 1836, utilisation des eaux de Malpassé (banlieue Nord-Est) par une Société Privée pour alimenter les quartiers environnant la Plaine par l'intermédiaire d'un bassin construit à la Croix de Régnier dans la propriété des Capucins. La Société exploitante sera rachetée par la Ville en 1851, avec comme recensement de 1836 : 14 597 habitants.

 En 1839 et 1846, années de grande sécheresse : utilisation de nouvelle pompes ; interdictions habituelles ; on fait en 1839 un relevé  des 22 puits publics afin d'organiser la garde de nuit de ces puits, de leurs pompes et de leurs agrés. Les gardes étaient payés 1 franc par nuit. En 1842, achat par la Ville des eaux de la Rose (banlieue Nord-Est)  pour servir également aux nouveaux quartiers de la Plaine par l'intermédiaire, cette fois, d'un bassin situé angle rues du Loisir et St-Savournin.

 Entre 1847 et 1850, l'eau de la Durance apporte un appoint sérieux d'eau à la Ville car le nouveau Canal alimente les banlieues situées sur son parcours, depuis Notre-Dame limite jusqu'à St-Jérôme où il rejoint le Jarret d'où il pénétra en ville par l'intermédiaire de l'Aqueduc. Ceci, en attendant que le grand bassin de répartition de Longchamp, en construction, puisse remplir son office c'est-à-dire après le 19 novembre 1849. A partir de cette date, Marseille sera alimentée en grande partie par l'eau de la Durance avec un appoint de l'ancien Aqueduc. A ce moment, la population est passée de 183 186 habitants en 1846 à 195 138 en1851.

 En 1862, plus d'appoint du Jarret, Melquion nous apprend que la conduite de prise arrivant à l'Aqueduc est murée par une maçonnerie ; depuis cette date, il procédera à des visites détaillées de l'ancien système de distribution des eaux entre 1870 et 1880 en sa qualité d'Inspecteur de ce Service, ce qui lui permettra d'écrire son ouvrage paru en 1882.

 En 1884, la Municipalité fait faire un relevé complet des puits, pompes et citernes de la Ville ; sur 4479 puits recensés M. Clerc en compte 387 relatifs à la cité antique.

 En 1885, le Docteur Mireur hygiéniste, démontre que le choléra qui vient de sévir à Marseille,  est transmis par l'eau d'alimentation. En 1891, la Municipalité F. Baret décidée à entreprendre l'assainissement de la Ville par la construction du grand Egout Collecteur, fait analyser les eaux fournies par les Marseillais. Des résultats publiés, j'extrais ce qui suit l'eau de l'Huveaune toujours distribuée en 1891 à raison de 800mètres cubes par 24 heures est de mauvaise qualité et contaminée par des produits de décomposition animale, ne peut que prêter encore au développement des maladies contagieuses.

 L'eau du Jarret est absolument infecte, les eaux du Canal et du Puits sont absolument détestables. L'eau  de  la Franche est à la limite des eaux potables. Les eaux des 2 puits de la place St-Ferréol sont de bonne qualité et n'ont besoin que d'un peu d'aération.

 Les nombreux puits de la Ville sont à la limite des eaux potables ; à n'employer qu'en cas de nécessité à cause des infiltrations d'égouts et de fosses d'aisance. Enfin pour couronner le tout, les eaux du Canal de la Durance sont impropres à la consommation. Voilà quelles étaient les eaux utilisées par 406 919 Marseillais de 1891. Aussi, devant de pareilles analyses, on va commencer dans les années qui vont suivre à construire un réseau spécial d'eau potable  avec son propre bassin (St-Marthe). Cet effort sera développé dans les décennies qui vont suivre, notamment par traitements physicochimiques de plus en plus efficaces, ce qui finalement fournit aux millions de Marseillais d'aujourd'hui une eau abondante et parfaitement potable, chose inconcevable il n'y a pas si longtemps. Aussi, les épidémies ; notamment le cholera qui a sévi tant de fois depuis 1834, ne seront plus qu'un mauvais souvenir : on ne les reverra plus dans la cité et cela sera très bien ainsi.

 VI Résumé et conclusions

 On a pu voir par ce qui précède que si, le XIX siècle a apporté des améliorations à l'ancien système de distribution d'eau sur les plans administratif et financier, il en a peu apporté sur le plan technique : l'outil était pas trop défectueux.

 Le bassin des Présentines (ex Osède) de 100 mètres cubes environ était la seule réserve d'eau, nettement insuffisante après l'agrandissement où la Ville comptait environ 65 000 âmes et à fortiori dans les dernières années de l'ancien système 183 000 habitants en 1846, 195 000 en 1851 ou le bassin de la Place des Moulins prendra la relève pour la vieille Ville  seulement avec ses 12 000 m3. Cette réserve insuffisante des Présentines faisait que Marseille dépendait par trop des conditions climatiques. Que la pluviosité soit inférieure à la normale comme  ce fut le cas de 1830 à 1834 alors  la situation devenait catastrophique l'été.  De nombreux arrêtés étaient bien pris par les autorités mais n'étaient que peu ou pas appliqués ; le système était vicié parce qu'il n'y avait pas assez d'eau pour tout le monde ; pas assez d'agents d'exécution, dont  certains étaient achetés par des particuliers. Les détournements d'eau faits par les riverains aussi bien, ceux de la Ville que ceux de la campagne étaient monnaie courante, surtout la nuit, les sanctions découlant des procès verbaux étaient insuffisantes. Enfin, des procès sans nombre venaient encore compliquer cette situation, héritée de l'ancien régime, et insuffisamment améliorée au début du XIX siècle. Il faudra attendre 1834, année où la pénurie d'eau atteint  un minimum intolérable, pour que la Municipalité Consolat fasse entreprendre un nouveau Canal sans aucune aide extérieure (pour cette raison il sera dénommé Canal de Marseille)  sous la Direction d'un ingénieur éminent Frantz Mayor de Montricher. Cette fois-ci, les choses seront envisagées de façon moderne, prévoyant l'avenir et poursuivies sans interruption ni défaillance, suivant la décision du Conseil Municipal du 18 juillet 1834 qui déclarait "l'exécution du Canal est pour le Conseil une décision irrévocable" : QUOI QU'IL ADVIENNE, QUOI QU'IL ENCOUTE, LE CANAL S'EXECUTERA.

 Aussi, malgré le développement considérable pris par la Ville et son port, il y aura dorénavant suffisamment d'eau. Comme indiqué plus haut, je ne m'étendrai pas sur le sujet relativement bien connu.

 Mais, si ce nouveau Canal va améliorer quantitativement la question et va même augmenter la pluviosité de Marseille. La qualité des eaux laissera fort à désirer, d'où épidémies de choléra, cas de fièvre typhoïde.. il faudra attendre le début du XX siècle pour que  des améliorations interviennent en ce sens : améliorations encore poursuivies de nos jours. Quand aux nappes souterraines qui existent toujours, je renouvelle le souhait formulé au début de ce travail : que l'on fasse des essais à la fluorescéine sur les eaux du Jarret, en amont de la partie cimentée du lit afin de voir si ce ruisseau alimente ou non ces nappes aquiféres qui donnent aujourd'hui bien des soucis aux utilisateurs de certaines caves.. et aux constructeurs des nouvelles galeries du métro.

                                                                                                                                               J. LETALLEC

                                                                                                                                     Comité du Vieux Marseille