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ALIMENTATION EN EAU DE MARSEILLE  AVANT LE CANAL

Les Serves

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1ère période du 11ème au 15ème siècle

Les textes d'abord ceux de 1020 et 1030 par lesquels les Vicomtes de Marseille font donation au monastère de St Victor de l'eau de l'Huveaune, depuis son confluent avec le jarret jusqu'à la mer pour y pêcher, avec des moulins sur l'Huveaune et des terres situées entre le béal et la rivière.

Ensuite en 1069, les Vicomtes divisent la ville et son territoire en ville haute qui appartiendra à l'évêque, avec les banlieues nord et Château Gombert ( y compris le ruisseau de Caravelle, le plus important du terroir après l'Huveaune et le Jarret) et en ville basse, la plus peuplée, restant aux Vicomtes, avec les autres parties du terroir comprenant les deux cours d'eau principaux.

 Puis en 1079, les Vicomtes donnent à St-Victor l'eau de l'Huveaune avec toutes les fontaines, sources et terres, depuis St-Menet (limite de leurs possessions ) jusqu'à la mer.

 Enfin entre 1211 et 1226 la Commune de Marseille achète aux Vicomtes tous leurs droits sur leurs territoires, y compris les eaux du Jarret.

Or, Melquion nous indique qu'en 1206, la Ville établie à cette date, sans aucune protestation, une prise sur le Jarret et qu'en 1225 elle est définitivement propriétaire de ces eaux. Il semble donc que l'on peut situer entre ces deux dates la création  du Canal des jardiniers dont on parle dans les statuts de la Ville de 1228.

Ouvrons ici une petite parenthèse pour rappeler que : à cette époque, la famille des Vicomtes qui possédait Marseille était dans l'indivision. Certains d'entre eux firent de nombreux dons à l'Abbaye de St-Victor, alors en pleine expansion,  et s'appauvrirent en proportion. Comme ils avaient besoin d'argent, les édiles marseillais en profitèrent pour racheter à ces Vicomtes tous leurs droits seigneuriaux, y compris les eaux du Jarret. Aussi, Marseille va devenir indépendante politiquement pendant plusieurs décennies, jusqu'à l'avènement de Charles 1er d'Anjou, nouveau Comte de Provence.

En 1228, des statuts de la Ville nous indiquent que la dérivation des eaux du Jarret dans le Canal des jardiniers et leur distribution aux jardins et aux blanqueries seraient confiées à trois hommes probes choisis pour cela et qu'il était ordonné que les eaux soient conduites de manière qu'elles ne coulent pas dans le port...

 Le recteur et les consuls de Marseille seront tenus de veiller à ce qui précède si, quelqu'un des jardiniers agit contre cette défense, il sera puni en conséquence.. trois hommes probes seront élus chaque année lors des autres officiers...

 Ce texte sera confirmé solennellement par les chapitres de paix de 1257 conclus entre Charles 1er d'Anjou et la commune de Marseille.

 Mais en 1292, la ville Basse, la plus peuplée, achetait à la Ville haute l'usage partiel des eaux de l'Aqueduc pour y établir quelques fontaines propres à la Ville basse.

 En 1310 l'accord précédent est complété : la Ville basse utilisera l'eau de l'Aqueduc pour alimenter les fontaines et autres usages (abreuvoirs , lavoirs) moyennant 150 livres royales et l'obligation de curer l'Aqueduc toutes les fois que besoin serait. La Ville basse utiliserait les deux tiers des eaux en promettant de construire des fontaines et abreuvoirs tous les 20 ans.

 On voit donc par ce qui précède qu'un Aqueduc existait avant 1292 destiné à l'alimentation de la Ville haute, d'où il partait vers l'est pour aller capter des sources situées entre les murailles de la Ville et le Jarret (qu'il n'atteindra qu'en 1558), tandis que vers l'ouest il alimentait la Ville haute et la Ville basse.

 Le 8 Novembre 1350, la 1ère concession est accordée au monastère de St-Sauveur : c'est une concession payante pour un doigt d'eau. Ce monastère était situé au pied de la butte St-Charles près de la future place Bernard Dubois  et du parcours de l'Aqueduc.

  Je pense que les lois de l'hydraulique obligèrent les constructeurs à suivre un tracé qui, partant d'un point haut de la Ville au 13ème siècle ne sera pas modifié au cours des siècles suivants, mais seulement prolongé jusqu'au Jarret  1558 puis jusqu'à l'Huveaune 1572 .

 L'eau de cet Aqueduc entrait dans l'enceinte de la Ville et perpendiculairement à celle-ci sur des arcades qui sont représentées sur toutes les vues cavalières de Marseille antérieures à l'agrandissement de 1666.

 En 1449, les arcs de cet Aqueduc S'étant effrondrés la communauté les fit remettre en état, grâce à une imposition sur chaque hémine de blé. 

  Le 20 février 1473, acte  d'échange entre le Roi René et l'Evêque de Marseille duquel il résulte que les eaux de l'Huveaune appartiennent de fait à la Ville de Marseille, car en droit, le propriétaire était toujours le monastère de St-Victor depuis l'acte de donation de 1079. Mais, ce monastère fort déchu de sa puissance d'antan ne se sentait plus capable d'exercer pleinement ses droits sur l'Huveaune et laissait la Ville, en sa qualité d'usager principale d'intérêt public, se substituer à lui mais, lors des nombreux procès qui auront lieu ultérieurement et ce, jusqu'à la révolution, St-Victor sera toujours représenté devant les tribunaux en tant que propriétaire légal

  En 1475 délibération du conseil de la Ville portant que les arbres plantés le long des Aqueducs à une distance inférieure à 4  cannes ( environs 8 mètres), seront arrachés, et, qu'à l'avenir, il ne pourra en être planté qu'en observant cette distance.

  Le 12 août 1477, Jean de Monteil et Julien Ricarvi sont chargés par le Conseil de Ville de visiter le cours de l'Huveaune pour empêcher l'arrêt des moulins dû au manque d'eau par suite de diverses coupures faites à son lit par des particuliers... Ecclésiastique qui prétend en avoir le droit..M.  Le  Viguier ayant défendu sous des peines graves aux propriétaires de cette ville, et notamment par l'autorité aux ecclésiastiques pour leur temporel, exécuter sur les rives de l'Huveaune aucune opération dommageable aux moulins.. Les élus  prendraient alors des dispositions pour démolir les ouvrages en question.

 C'est quelques années auparavant, en 1471que l'on trouve la 1ère mention d'un fontainier en titre (G. Martel-Reison,) période du 16 ème au 17ème siècle.

  En 1524,Marseille est assiégée par le Connétable de Bourbon. Ruffi nous dit qu'il fit rompre les aqueducs et eaux de Marseille pour assoiffer les marseillais, mais ceux-ci ne furent guère incommodés car ils avaient de l'eau en abondance dans leurs puits. Notons au passage que la source du grand puits était à l'intérieur des murailles de la cité depuis le XIIe siècle. A ce moment de son histoire, la population marseillaise est estimée à 15000 âmes.

  En 1558, l'Aqueduc est prolongé jusqu'au Jarret quartier de St-Naphre au lieu dit Pierres de moulins (actuellement quartier du Camas, un peu en amont du carrefour Chave Rocade du Jarret) où il prend l'eau à même le lit du ruisseau ; de cet endroit l'Aqueduc et le Canal des jardiniers suivaient un parcours présentant un certain parallélisme. La population marseillaise estimée à environ 30 000 habitants disposait de 15 fontaines publiques.

  En 1572, construction d'une garde serve (caisse ou bassin servant à la répartition des eaux) dans la propriété dite la Bourgogne à la Pomme, donc destinée à répartir l'eau prise à l'Huveaune. Ceci informe la date de 1599 donnée par certains auteurs comme étant celle du prolongement de l'Aqueduc à cette rivière. 

 Cette date de 1599, est donc à  rejeter au bénéfice de 1572. Un autre argument en faveur de cette dernière année : est-il logique, est-il pensable que, dans l'année 1598 on ait fait les travaux du prolongement de l'Aqueduc et que, peu après, le Conseil de la Ville accepte les modifications importantes proposées en Octobre par De Cepede et concrétisées à partir d'avril 1599 ?

 Donc à partir d 1572, l'Aqueduc prendra l'eau directement dans la rivière, comme au Jarret ; son parcours qui ne sera pas modifié au cours des siècles lui fera traverser en souterrain les campagnes de St-Jean du Désert et de St-Pierre, puis passer en dessous du Jarret dont il recevra l'eau à l'endroit indiqué plus haut puis, sous les actuels Bd de la Madeleine rue Consolat, Bd Longchamp qu'il traversera obliquement, il suivra le pied de la butte St-Charles et entrera dans la Ville par un pont à arcades, prés de la Porte d'Aix, perpendiculairement aux anciennes fortifications.

 Du point haut des Présentines et suivant une direction orientée approximativement au Sud Ouest, l'Aqueduc desservait la vieille Ville jusqu'à la fontaine St-Laurent, Rue Perdigone, un peu avant l'église du même nom. Diverses dérivations partaient de cette branche mère le long de son parcours urbain pour desservir les différents quartiers, soit par prise directe, soit par l'intermédiaire de serves.

 C'est en 1580, qu'apparaît la création d'un fonctionnaire Municipal, rémunéré par la Commune pour surveiller et garder les Aqueducs, puis, en octobre 1598 a lieu la première requête d'un sieur Jean de Cépede, d'une famille de notables marseillais, qui propose au Conseil de Ville de rechercher, à ses frais, de nouvelles sources d'eau pure pour alimenter l'Aqueduc à la place des eaux du Jarret et de l'Huveaune qui, dit-il, sont crasses, immondes et limoneuses, qui ont engendré et excité plusieurs maladies (déjà !) . . le conseil signe  avec De Cepede un contrat daté du 5 avril 1599 valable 15 ans : il devra notamment entretenir en bon état de propreté l'Aqueduc, ainsi que toutes ses conduites, dérivations etc...depuis la Pomme jusqu'à la fontaine St-laurent. Ce contrat sera valable 15 ans ; les principaux avantages accordés à De Cepede consisterons en :

 1)      l'exploitation de moulins, à construire ultérieurement quartier de la Joliette, alimentés par le surplus des eaux qui devra se jeter dans la mer à l'anse de l'Ourse.

 2)      La gabelle municipale des farines mais, comme le débit des sources captées par De Cepede et introduites dans l'Aqueduc était insuffisant, la Ville fut obligée, en 1605 de reprendre de l'eau au Jarret et en 1612, d'ouvrir une nouvelle prise sur le grand béal de l'Huveaune venant de St-Menet, puisque l'ancienne prise de la Pomme avait été abandonnée, suite à l'accord de 1599.